Le marketing au secours de la planète

Comment le design peut-il favoriser les économies d’énergie en permettant aux individus de prendre conscience de leur consommation – et des gaspillages d’énergie ? Telle est la question à laquelle se sont attachés de répondre les membres de l’équipe RED (une unité de recherches sur le rôle du design face aux problématiques sociétales du Design Council, une institution britannique dont le but est de promouvoir le design et ses différents usages).

Ce projet a pris le nom de Future Currents, et s’appuie sur une idée simple : un tiers des émissions de gaz à effet de serre du Royaume-Uni proviennent des résidences. Des progrès énormes pourraient être faits en termes de maitrise de la consommation d’énergie, mais ces progrès ne sont pas faits car « les factures sont trompeuses, l’utilisation de l’énergie est invisible et tout changement dans les installations est pénible ».

Ce projet cherchait donc à penser de nouveaux produits, services et politiques pour aider les habitants à consommer moins d’énergie et émettre moins de CO2. A chaque fois, l’angle d’attaque était celui qui était la spécialité de l’équipe RED : prendre le problème du point de vue de l’utilisateur final.

Cette équipe a produit deux types de résultats : des concepts et des recommandations de politique publique.

Ils ont également permis aux internautes de voter pour leurs idées et concepts préférés.


Trois réponses principales ont été étudiées :


1/ Home Monitoring (Observation du logement) : transformer les consommateurs passifs en gestionnaires actifs en rendant l’énergie tangible et visible, et plus facile à contrôler.

L’énergie est invisible (en particulier l’énergie électrique, l’énergie finale essentielle des logements) et donc difficile à mesurer pour l’utilisateur. Les factures ne sont pas un outil efficace de ce point de vue, c’est au mieux un système d’alerte, mais qui n’offre aucune clé. Des systèmes permettant aux utilisateurs de surveiller leur consommation pourraient induire des économies de 15% dans les consommations d’énergie. Les 3 concepts de cette idée sont :

  • Energy Statement (rapport énergétique), un document bien plus complet que la facture qui agrège l’ensemble des consommations du foyer et les compare aux foyers « moyens » et à la consommation du foyer au même moment l’année passée.
  • Home Monitoring Display (interface d’affichage de l’observation du logement) : il s’agit d’un système d’écran qui permet de savoir en temps réel quelle est la consommation d’énergie du logement et quels sont les objets qui consomment.
  • Energy Tracker (traqueur d’énergie) est un concept proche du précédent, mais qui passe par un petit programme installé sur l’ordinateur de la maison, qui, connecté à internet, permet non seulement de connaître la consommation du logement mais de la comparer à celle de logements similaires. Il permet aussi de s’assigner des « cibles de consommation énergétiques ».

 

2/ Rank and Reward (Classement et récompense) : créer une réelle motivation en liant les efforts des individus à des récompenses.

Les voitures, l’électroménager, … ont dorénavant des notes énergétiques. Pas les maisons et les individus. Des comparaisons et des récompenses explicites pourraient influencer les comportements individuels. Trois concepts sont développés :

  • Virtual house (maison virtuelle) propose de réaliser sur internet un modèle de sa maison permettant d’en calculer l’impact énergétique et de mesure les économies qui pourraient être réalisées en la modernisant ou en la rénovant.
  • Energy rating (classement énergétique) est un concept de classement des logements selon les critères d’efficacité énergétique. Cela fait penser à la tentative française de diagnostic énergie (obligatoire pour les propriétaires), mais à une échelle plus grande et avec plus de professionnalisme.
  • Power Pension propose la création d’un compte d’épargne lié à la consommation d’énergie : pour chaque investissement en maitrise de la consommation d’énergie, ce compte est crédité.


3/ Peer Power (énergie entre pairs) : aider les habitants à devenir des producteurs d’énergie, simplifier les choses pour favoriser l’émergence de réseaux locaux entre habitants. Il s’agira à la fois de les faire se réunir pour faire des travaux, en bénéficiant d’économie d’échelle (concept Job Done) mais surtout de leur permettre de remettre sur le réseau l’énergie superflu produite par leur logement, une fois celui-ci équipé de capteurs solaires ou d’éoliennes de toit (concepts Home Energy Trading Scheme (HETS et « OneMillionRoofs » dont l’objectif est qu’un million de toit londoniens soient dédiés par les propriétaires aux énergies renouvelables).


Pour appuyer l’article de recommandations politiques, l’équipe de RED s’est installé dans une maison londonienne typique, et en a mesuré les erreurs : par exemple, le nombre de trous provoquaient 40 changement de la totalité de l’air de l’appartement par heure. Les murs de briques laissaient la chaleur s’enfuir, les bas de porte également. Bien sur, tout cela est connu et le Royaume-Uni dépense 500 millions de livres par an pour rénover de telles maisons. Mais l’équipe de RED souligne que ces projets ne sont pas à la hauteur des enjeux car ils se focalisent sur les ampoules fluo-compacts ou l’isolation des fenêtres, mais échouent à changer les comportements. Ainsi, les consommateurs achètent des réfrigérateurs plus sobres… mais de plus en plus gros.

L’équipe RED a donc formulé, au-delà des concepts, des recommandations sur lesquels les internautes ont émis des votes, mettant en tête de leurs choix le soutien à la micro-génération d’énergie par les individus, le projet « 1 million roofs » déjà décrit, une charte sur l’information énergétique des logements, pour favoriser l’autodiagnostic, et le crédit carbone individuel.
Geoffrey Delcroix


Geoffrey Delcroix est chargé d’études, consultant et rédacteur au sein du groupe Futuribles, société indépendante d’analyse prospective.
Futuribles est un centre international d'études pluri-disciplinaires et prospectives dédié à l'analyse du monde contemporain, de ses futurs possibles, des enjeux collectifs à moyen et à long terme, des politiques et des stratégies pouvant être adoptées.
Geoffrey est spécialisé dans les questions de technologies de l’information et de la communication, les questions internationales et de défense et les politiques publiques et la réforme de l’Etat.

Pour plus d’informations :
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